L’histoire de la terre est divisée en grandes périodes aux noms plus ou moins évocateurs. Le carbonifère en est une. Elle a commencé il y a 360 millions d’années et a pris fin il y a 300 millions d’années. A l’échelle de la vie d’un homme, c’était il y a une éternité et cela a duré une éternité
C’est une époque tellement lointaine qui a duré tellement longtemps qu’il faut prendre sa respiration et laisser aux mots le temps de pénétrer en nous pour essayer de s’imaginer ce que cela représente : 60 millions d’années c’est long, très très long c’est 20 fois le temps qui s’est écoulé depuis les premiers hommes sur terre, il y 3 millions d’années.
Difficile de s’imaginer à quoi ressemblait la surface de la terre à cette époque avant les hommes, avant les mammifères, avant les plantes à fleurs, avant les dinosaures. Il faut faire travailler son imagination pour y arriver. Elle était verte et recouverte d’épaisse forêt à perte de vue. Les arbres sont déjà là omniprésents. Aucun animal de grande taille ne vient contrarier leur croissance. Les plus grands animaux que l’on croise sont des libellules d’un mètre d’envergure. Les arbres eux tutoient déjà le ciel, se dressant à 40 mètres de hauteur grâce à leurs troncs ligneux. Leurs feuilles se dressent dans les cimes pour capter la lumière du soleil. Leur association avec les champignons leur permet d’explorer les moindre recoins du sol pour récupérer l’eau et les nutriments qu’il renferme. Le temps passe, les sols s’épaississent et rien ne semble pouvoir perturber ces forêts. Pourtant, sur le temps très long, des perturbations finissent par arriver. Parfois, le niveau de la mer monte, de vastes forêts sont recouvertes. Les millions d’années passent, la mer se retire de nouveau, elles sont recouvertes d’une épaisse couche de sédiments qui ralentit leur transformation en matière organique en l’absence d’oxygène. Elles se décomposent très lentement dans les entrailles de la terre. Elles finissent par former des mines de charbon. C’est elles notre lien étroit avec le carbonifère. C’est en les explorant que les botanistes ont pu trouver les fossiles des arbres qui peuplait la surface de la terre à cette époque si lointaine. Prêles et fougères géantes et autres espèces d’arbres aux noms exotiques, aujourd’hui disparus.
Penser à ces mines donne le vertige. En les exploitant l’homme a à sa disposition, facilement accessible, l’énergie que les forêts du carbonifère ont accumulé pendant des millions d’années. Il faut se souvenir qu’au début du 19ième siècle, avant l’exploitation massive des mines de charbon, le développement économique de l’Angleterre était freiné par un manque d’énergie. Il fallait choisir, du charbon de bois pour l’industrie ou du bois pour la marine. Des céréales pour nourrir les hommes et les animaux domestiques ou des forêts pour fournir l’industrie naissante en charbon de bois. En fournissant du charbon sans couper les dernières forêts, les mines de charbon ont permis d’enclencher la révolution industrielle. En permettant l’essor de la marine à vapeur, du chemin de fer et des aciéries, elles ont été le socle de la révolution industrielle. Aujourd’hui encore, elles constituent un des piliers de notre économie, le charbon étant la première source d’électricité dans le monde. C’est l’énergie du carbonifère qui alimente nos ordinateurs ! Il ne faut pas l’oublier, le charbon, le pétrole et le gaz sont des énergies issues de la décomposition de matières végétales, d’arbres pour le charbon, d’algues pour le pétrole et le gaz. La principale source d’énergie de notre monde minéral est organique !
Profiter à un coût réduit d’une énergie accumulée pendant 60 millions d’années est une aubaine. C’est aussi une malédiction car il reste sous nos pieds encore suffisamment de charbon pour que les pires scénarios de changement climatique deviennent réalité. On ne relâche pas impunément en 200 ans le carbone accumulé par les plantes pendant 60 millions d’années.
Pour aller plus loin :
Olivier DAUTEL et Jean-Yves NOGRET, La Biologie pour les Nuls, First, 420 pages, 2011
Christophe BONNEUIL et Jean-Baptiste FRESSOZ, L‘événement Anthropocène.La Terre, l’histoire et nous, Seuil collection Point histoire, 336 pages, 2016